Deux derniers livres naissance

publié le 25 oct. 2016 à 07:54 par Association DANS LES BRAS   [ mis à jour : 25 oct. 2016 à 08:01 ]
Nous tenions à vous informer de la parution récente de deux livres très intéressants sur la naissance et la surmédicalisation qui viennent de paraître en 2016 à quelques mois d'intervalle et qui nous n'en doutons pas ferons date, chacun à leur manière, dans l'histoire de la Maternité en France, car ils dénoncent ouvertement les violences faites aux femmes et notamment aux mères dans beaucoup d'hôpitaux français : 

l'enfantement_goninet
L'Enfantement, entre puissance, violence et jouissance
,
 de Hélène GONINET, éditions Mama Editions (sage-femme française et sexologue)

(p 52) Normes de protocoles
"Une femme qui arrive pour accoucher est examinée par un toucher vaginal, "monitorisée" dans une position allongée plus ou moins imposée, et perfusée au cas où il y aurait un problème intempestif. tension et température sont prises pour s'assurer de l'absence de pathologie. Elle est revêtue d'un "uniforme" de malade : chemise de nuit facile à enfiler, ouverture derrière et découvrant le dos et les fesses de façon impudique, particulièrement inesthétique. (...) 

La femme qui accouche se trouve très vite sur une table d'accouchement, attachée par sa perfusion d'un côté et le monitoring de l'autre. (...) en générale, elle n'a pas le droit de boire, encore moins de manger.
La femme est fortement incitée à "prendre la péridurale", pour faciliter les interventions éventuelles et pour permettre un meilleur contrôle de la situation. Les ocytocines [hormones de synthèse] sont très facilement utilisés pour obtenir un travail conforme à la norme. La rupture artificielle des membranes est presque systématique si elle n'est pas encore faite spontanément. Au moment où le col est entièrement dilaté, les professionnels n'attendent pas toujours que bébé descende et incitent souvent la femme à pousser même si elle n'en ressent pas encore le besoin ; et il est vrai que, sous péridurale, les sensations font parfois défaut. Crier n'est pas de bon ton ; la sage-femme indique comment respirer et comment pousser. l'épisiotomie est largement pratiquée, sans avoir fait la preuve de son efficacité. forceps et ventouse sont volontiers utilisés si les efforts expulsifs se prolongent audelà des fameuses trente minutes, durée arbitrairement fixée par le protocole.  

Quand au bébé, sa tête est souvent extirpée du corps de la mère sans attendre le mouvement de restitution des épaules. le cordon est coupé très vite pour mesurer l'acidose du bébé, dans un but uniquement médico-légal. le bébé est ou bien posé sur le ventre sa mère ou bien emmené dans la salle de soins voisine pour le désobstruer, le peser, le laver, le "vitaminer" : c'est au bon vouloir du personnel de santé présent.
Le nouveau-né peut être déclaré non conforme, soit trop petit, soit trop gros, et dans ce cas il aura à subir prises de sang et compléments alimentaires même si son état clinique ne montre rien de pathologique. cela évoque le calibrage des oeufs de la poule, la poule dans laquelle se retrouve Laetitia lors de son témoignage :"Quand j'ai accouché de mon premier enfant, j'ai détesté ce que j'ai ressenti ! J'ai eu l'impression d'être une poule en batterie qu'on forçait à pondre. moi, j'avais envie d'amour, pas de précipitation !"  

les_brutes_en_blanc
(p 55) "C'est le "Pour les poissons, l'eau est invisible", Marsden WAGNER, intervenant de l'OMS en matière de périnatalité, précise : "Les professionnels de santé ne voient pas la médicalisation, car ils sont en plein dedans. Ils n'ont pas la conscience du formatage qu'opère le cadre hospitalier car ils n'ont pour la plupart jamais observé de naissance naturelle et physiologique." 


Les Brutes en blanc
de Martin WINCKLER (ex-médecin gynécologue français), éditions Flammarion, 2016

(p 9) "Car, quand on y réfléchit : pourquoi serait-il indispensable d'être médecin pour ponter du doigt les failles de la profession ? Faut-il être député, policier, avocat ou militaire pour énoncer un jugement à l'égard des corps concernés ? Non, bien entendu. dans un pays qui se dit démocratique, lorsqu'un groupe est censé servir le public, tout citoyen est en droit de le critiquer. A fortiori lorsque certains membres de ce groupe sont d'authentiques malfaiteurs. (...) Ma loyauté première va toujours aux patients, car c'est ce que dictent mes obligations professionnelles. La "trahison", à mon sens, consisterait à les faire passer en second."

(p 17) "En dix-huit ans, les choses ont changé. l'accès à Internet, en particulier, s'est beaucoup développé. Les réseaux sociaux grouillent de forums d'échange et bruissent de milliers d'alertes rapides. les blogs donnent à tout un chacun la possibilité de s'exprimer. (...) Aujourd'hui, chacune et chacun peut témoigner des maltraitances, petites ou grandes, institutionnelles et privées, ponctuelles ou continues qu'on inflige aux malades, à leur entourage et, il faut le dire, à nombre de soignants de bonne volonté. 
Pour autant, beaucoup de personnes maltraitées n'ont toujours pas la possibilité de se faire entendre.
C'est à ces sans-voix que ce livre est dédié."