Le cododo et l'allaitement nocturne remis en question

publié le 28 mai 2013 à 02:02 par Association DANS LES BRAS   [ mis à jour : 3 juin 2013 à 13:14 ]
Suite à l'article paru dans Actu Santé le 21 mai 2013, écrit par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration de P. Pérochon, diététicien-nutrionniste et coordinateur éditorial, nous aimerions revenir sur ce qui a été écrit, notamment parce qu'est repris la conclusion d'une étude de la London School of Hygiene and Tropical Medicine parue récemment dans le British Medical Journal (BMJ) - lire http://www.santelog.com/news/sante-de-l-enfant/co-sleeping-5-fois-plus-de-risque-de-mort-subite-du-nourrisson_10464_lirelasuite.htm#lirelasuite


cododoTout d'abord, ce type d'étude rétrospective (à partir d'analyses de plusieurs études antérieures) ne prouvent strictement RIEN, car dès le départ leurs données sont trop incomplètes pour en tirer des conclusions hâtives, comme le souligne l'UNICEF dans son article : http://www.unicef.org.uk/BabyFriendly/News-and-Research/News/UNICEF-UK-Baby-Friendly-Initiative-statement-on-new-bed-sharing-research/ 

Bien sûr en France, sur environ 400 cas de SMSN par an (Syndrôme de la Mort Subite du Nourrisson), seul 3% ont lieu dans le lit des parents, pour causes diverses (drogues, alcool, etc.), cependant c'est oublier aussi tous les facteurs inconnus ou antécédents connus (bronchites, asthmes, méningites, etc.), parfois à cause du non allaitement justement... Mais, arrêtons surtout de stigmatiser chacun par peur ou ignorance à la base. Il faudrait d'abord savoir qui a financé cette étude rétrospective de 5 études provenant de différents pays et menées de 1987 à 2003, donc à une époque où les taux de SMSN, notamment en France, avoisinnaient plutôt les 2 000 morts par an, principalement à cause de la position des nouveau-nés... sur le ventre. Après les années 2000, les recommandations ayant changées les taux de MSN ont donc considérablement chutés pour passer de 1 pour 2000 naissance (50% en moins) et c'est tant mieux ! Alors que de leur côté "Vennemann et al constataient, dans une étude publiée en 2009, que le non allaitement doublait le risque de mort inexpliqué du nourrisson. Et en 2010, Blair et al soulignait l'importance du co-sommeil pour la poursuite de l'allaitement."* Alors pourquoi, aujourd'hui en 2013, ressortir à nouveau ce sujet brulant si ce n'est visiblement dans un but non avoué de nuire plus ou moins directement à l'allaitement à la demande de nuit et donc de jour ! En tout cas, dans l'article d'Actu Santé le discours est très clair là-dessus : allaiter mesdames dans votre lit oui, mais dormir avec bébé, non ! Pas simple à mettre en pratique, n'est-ce pas ! 
courbes smsn


Très clair aussi le fait que régulièrement sort ce type de discours alarmistes dans les médias pour "mettre en garde les parents", mais les mettre en garde de quoi exactement ? De la pratique "dangeureuse" du cododo, sommeil partagé ou co-sleeping en anglais, puisque visiblement cette pratique est avantout... internationnale. Certes, ce genre de discours recevra chaque fois un écho favorable auprès des professionnels de santé comme de la population trop facilement inquiète, très inquiète même sur ce sujet brulant de la MSN ! Tant il est vrai également qu'il n'est pas simple non plus pour les jeunes parents de gérer les fréquents réveils de leur nouveau-né alors que leur propre besoin de sommeil s'accumul au fur et à mesure que les semaines, mois, (années parfois) passent. C'est malheureusement un passage plus ou moins obligé de la fonction de parent, et même si on s'en doute un peu avant de le devenir, chaque fois le fait de le vivre au quotidien reste toujours une épreuve difficile, certes formatrice et très instructrice sur nos propres limites ainsi que sur la solidarité et la solidité du couple, mais toujours très difficile à vivre. Surtout dans nos pays occidentaux, où nos peurs et croyances ancestrales et culturelles nous orientent trop souvent vers des actes raisonnés souvent en désaccords avec nos premières impulsions et sentiments instinctifs de protection de nos petits.

Pourtant, depuis l'aube de l'humanité, nos ancètres ont toujours dormi avec leurs progénitures durant plusieurs années, et les ont donc allaités très longtemps et souvent. Partout dans le monde, là où les familles (clan, tribu, etc.) ne possèdent pas une pièce attribuée à chaque personne, les hommes, les femmes dorment, ronflent, s'agitent et parfois même s'accouplent discrètement pas loin de leurs enfants ; même parfois pas loin de leurs propres parents, grand-parents, oncles, tantes, etc. Pas besoin d'écrire une thèse là-dessus, ni de demander surtout l'avis des partisans de Freud ou Lacan aux concepts psychanalytiques très stéréotypés "petits blancs"... Nos ethnologues et anthropologues ont su garder, eux, une vision plus ouverte et tolérante vis à vis des différences entre les peuples. De même, dans les régions où les femmes gardent encore un lien charnel très étroit avec leurs enfants : les portent, les massent, les allaitent jour et nuit et dorment donc également avec eux, parfois dans le même lit pour plus de commodités, tout cela se fait le plus "naturellement" du monde - ou "culturellement" du monde. Alors que nous, occidentaux, nous ne savont plus, la plupart du temps, ni les porter correctement, ni les masser quotidiennement, ni les allaiter facilement et surtout pas plus de quelques jours, semaines ou mois à cause d'idées reçues et de règles trop strictes au lieu d'être à leur écoute pour assouvir leur faim et leur soif, de nourritures comme de boissons, câlins, chaleurs, mouvements, échanges verbaux, tactiles, affectifs, etc. 

sommeil bébé
Et nous voudrions encore donner aux autres des recommandations de bonne santé et de bonnes pratiques de sécurité sanitaire ou d'éducation, alors que nos enfants souvent plus capricieux et obèses que mals malnutris, sont bourrés dès l'enfance de jouets et d'antibiothiques ou autres médicaments aux effets secondaires néfastes, sont sujets de plus en plus souvent, également à cause de notre pollution croissante, à de nombreux maux ou maladies chroniques fragilisant leurs systèmes immunitaires immatures, parfois leurs capacités psychomotrices ou cognitives (autisme, hyperactivité, etc.). Car, nos enfants occidentaux ont de plus en plus souvent et précocément des infections chroniques digestives et respiratoires, des allergies, eczéma, coliques... comme plus tard des problèmes de concentration ou d'intégration sociale, etc. Donc, ils peuvent avoir l'air à priori en meilleure santé et plus heureux que les autres, car mieux soignés et nourris certes, mais le sont-ils vraiment dans le fond ? En résumé, nous sommes assez mal placés pour faire la morale et porter des jugements un peu hâtifs vis à vis de pratiques ancestrales comme le "sommeil partagé" parce que nous ne le pratiquons pas nous-même. Encore une vision très éthnocentriste et égocentriste des gens bien pensant des pays dit "développés" vis-à-vis de ceux dit "en voie de développement", mais surtout centrée sur leur propre perception du monde, du Bien et du Mal. Lorsqu'on voit où mène justement notre développement et la sur-consommation, parfois on ferait mieux de se taire, d'apprendre et d'écouter "Dame nature" plutôt que de chercher à la dominer constamment. Voilà pourquoi, nous préfèrons encore financer des études très coûteuses sur quelques rares cas de MSN dans le lit parental plutôt que d'agir réellement sur les vrais problèmes sociaux et environnementaux que rencontre actuellement l'Occident comme l'Orient ou l'Afrique maintenant grâce à nous... Car, il sera toujours plus facile de financer le curatif qui rapporte plus d'argent aux grosses multinationales plutôt que de faire du préventif qui, a priori, n'en rapporte pas et donc n'intéresse personne... sauf quelques illuminé(e)s évidemment !

Alors, n'en déplaise à tous ces pseudo spécialistes, épidémiologistes et professeurs dîplomés d'universités qui perdent leurs temps et parfois notre argent à faire des études rétrospectives ou randomisées contrôlées à plus ou moins large spectre (mais à la vue d'ensemble plutôt étroite), les chiffres ne resteront que des chiffres auxquelles ont peut plus ou moins faire dire n'importe quoi sur n'importe quel sujet, et dont nos bébés se moquent complètement ainsi que leurs parents lorsqu'ils ne dorment pas... 

  • Alors OUI, il est plus commode et facile à une jeune maman de garder son petit contre elle dans son propre grand lit bien ferme, peu couvert et pas trop chaud (son corps à elle étant à 37,5°), en suivant évidemment un mimimum de règles de sécurité (qui relèvent plutôt du bon sens ici - lire en PJ les recommandations de l'UNICEF) comme de caler de chaque côté le lit pour éviter les chutes ou de le rallonger avec un autre lit (type side-car, par exemple), plutôt que de réveiller bébé en le reposant chaque fois dans un lit froid loin de soi, ou même à côté de soi dans un berceau ou couffin puisqu'on risque de le réveiller aussi à chaque déplacement. A chacun de voir ce qu'il préfère : dormir ou pas !
  • Alors OUI, il est plus confortable pour le père de ne pas dormir trop loin de la mère pour l'aider en cas de besoin (changes, rots, bercements, etc.), s'il le peut et veut, plutôt que de trop se réveiller la nuit en alternant les "tours de lait" et remplir, faire chauffer puis nettoyer des biberons plusieurs fois de suite avant qu'épuisé, à son tour, il ne finisse par laisser hurler son enfant, seul, dans sa chambre. Et si papa ne veut ou ne peut pas se lever la nuit parce qu'il travaille aussi le lendemain, il peut toujours aller dormir lui-même quelques nuits sur le canapé ; ce qui ne le tuera pas non plus si c'est ponctuel et que cela lui permettra ensuite de mieux revenir auprès de son enfant pour relayer sa compagne. Plutôt que de risquer de contrarier son allaitement en proposant durant un puis plusieurs soirs un biberon de lait industriel pour que maman puisse dormir (ce qu'elle ne fait généralement pas de toutes façons). L'enfer étant souvent pavé de très bonnes intentions au départ, qui ne durent d'ailleurs jamais très longtemps, n'est-ce pas !
  • Alors OUI, il est plus facile pour tout le monde de rester bien au chaud dans son lit la nuit avec son enfant, et une petite veilleuse à côté, pour dormir paisiblement entre les tétées fréquentes au début, puis se rendormir paisiblement ensuite sans peur d'étouffer quiquonque. Un bébé bien tonique sait très bien se faire entendre lorsqu'il ne va pas bien... Pour les autres, c'est différent effectivement et cela demande, donc, de mettre en place une surveillance nocturne nécessaire à sa survie. N'importe quelle femme d'Afrique ou d'Asie sait cela ! Quand à notre état de vigilance (si alcool, tabac, drogues, médicaments, etc.) autant pour la nuit ET le jour, ne véhiculons pas non plus de discours anxiogènes et culpabilisants à tout le monde. Le bon sens et le besoin de protection de parents aimants est une évidence. Pour les autres, effectivement, c'est une toute autre histoire et on bascule alors dans la question de la malraitance qui n'a rien à voir avec la MSN. Encore faut-il arriver, d'ailleurs, à bien les distinguer après décés... Encore une fois, le sujet n'est pas si simple à régler à coup de recommandations ! 
En tout cas, toutes ces peurs restent à nouveau injustifiées et surtout nuisibles à une bonne santé et à de bonnes relations parent-enfant, comme à la poursuite d'un allaitement réellement "à la demande" jour et nuit. Sachant que celui-ci évoluera évidemment avec la durée des phases de sommeil de l'enfant qui se rallongeront inévitablement au fil du temps... SI et seulement SI on arrête aussi de le réveiller pour lui changer plusieurs fois sa couche la nuit et l'allaiter tout le temps sans nécessité réelle. Parce qu'on interrompt ainsi gentiment ses cycles de sommeil pour s'étonner ensuite plus tard que "bébé ne fait toujours pas ses nuits"... Mais, que veut dire exactement cette phrase ? Encore une fois dans de nombreux pays "en voie de développement" (cad sans couches jetables), l'hygiène naturelle infantile (HNI) avec le cododo favorisent également le sommeil nocturne de tous ; ce qu'on est encore mais alors très, très loin de reconnaître, d'accepter, ni de pratiquer ici, en Occident. Parce que les besoins du nourrisson nous sont pour la plupart du temps complètement étranger. Mais qu'importe, puisqu'ils les assouviront très bien plus tard eux-mêmes, n'est- ce pas... avec forces et fracas !

Enfin pour conclure, il ne s'agit pas ici de tout avaler, ni de tout rejeter en bloc de ce que nous propose notre société qui n'est ni meilleure, ni pire qu'une autre. En fait, c'est à chaque couple d'organiser leur nid et couchage au mieux pour EUX ! En fonction de leurs propres désirs et contraintes d'espace, mais surtout SANS PEURS et SANS INFLUENCES NUISIBLES de qui que ce soit (famille, amis, collègues, professionnels, etc.).

La mère reste d'abord et en priorité la seule qui sait ce qui est bon pour elle et son enfant et lorsqu'elle s'écoute réellement elle finit toujours par trouver d'elle-même quand et comment faire au mieux pour bien dormir avec puis sans lui.  

Stéphanie KELLER 
Présidente de DLB (ancienne enseignante reconvertie heureusement dans l'accompagnement des familles depuis 10 ans)         

*Dossier de l'allaitement, LLL France; N°93, p 27 (Oct 2012) et d'autres articles encore, mais pas l'envie ni le temps de chercher :-)

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Association DANS LES BRAS,
29 mai 2013 à 06:01
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