Apprendre à lire et écrire


Apprendre à lire et à écrire avec quelles méthodes ?

Le constat sans appel de Céline Alvarez, chercheur en linguistique et en neurosciences, ex-professeur des écoles qui expérimenta durant 3 ans les méthodes de Maria Montessori dans une école maternelle à Gennevilliers (ZEP) et obtint des résultats étonnants :

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La méthode syllabique, globale ou semi-globale, qu'est-ce que c'est ?

Pour faire simple, au risque peut-être de paraître un peu "simpliste" à certains spécialistes, il s'agit des deux principales méthodes apprentissage de la lecture mise en place par notre système scolaire. 

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Auparavant, c'est à dire avant mai 68 et ses bouleversements, tous les enseignants ou presque (hormis dans certaines écoles "pilotes", dites aujourd'hui "alternatives" : type Montessori, Steiner, Freinet, etc.) apprenaient la méthode syllabique ou alphabétique aux enfants de France, de Navarre, et même d'au-delà, en leur expliquant qu'une lettre avec un son propre (appelé phonème) à côté d'une autre lettre pouvaient former d'autres sons qui, comme en musique, allaient se prononcer de différentes façons et recevoir ainsi un autre symbole ; comme par exemple les lettres e+u qui attachées vont donner le phonème /ø/ : eu. "Un phonème est en réalité une entité abstraite [un symbole], qui peut correspondre à plusieurs sons. Il est en effet susceptible d'être prononcé de façon différente selon les locuteurs ou selon sa position et son environnement au sein du mot (voir allophone)." "L'allophonie ne doit pas être confondue avec l'homophonie, où des mots différents partagent la même prononciation, les mêmes phonèmes. En français, les suites de phonèmes /pɛʁ/ et /mɛʁ/ peuvent chacune correspondre à des sens différents (père, pair, perd et mère, mer, maire respectivement), mais dans tous les cas, le phonème /r/ pourra être réalisé selon ses différents allophones."

Et voici que naît la science complexe de la linguistique et de la phonétique, dont les enfants et les parents se moquent royalement avant de se retrouver face à face avec ces signes bizarres ! Cependant, comme dans le langage courant, nous utilisons plus volontiers les syllabes pour désigner une ou plusieurs consonnes assemblées à une voyelle afin de prononcer un mot court ou long. On parle donc généralement de méthode syllabique : b+a= ba puis bal+la+de= ballade, etc. C'est encore de cette façon que la plupart d'entre nous avons appris à lire avant les années 70-80.  

Puis est venue la méthode globale inspirée des travaux du début du XXème siècle du célèbre Dr Decroly qui a fait sensation ! Avant à son tour d'être "adoucie" par la semi-globale ou méthode mixte (moitié syllabique, moitié globale) qui "a pour ambition de faire acquérir à l'élève une stratégie de déchiffrage des mots, voire des phrases, en tant qu'image visuelle indivisible". Au départ, il s'agissait encore d'une très bonne intention chez ce gentil docteur qui proposait de permettre à "l'enfant d'apprendre globalement, sans ordre. C'est une idée complète qu'il faut donner à l'enfant, pour qu'il passe ensuite au particularisme et à l'analyse." Cela correspond effectivement à un certain type d'individus qui photographieront aisément les mots et phrases avant de les décomposer ensuite en syllabe et phonème, alors que d'autres feront plutôt l'inverse... 

Cette méthode dite globale ne fut pas forcément acclamée partout, ni parmi tous les inspecteurs ou enseignants de France et de Navarre (ou d'ailleurs), mais petit à petit la théorie de la globalisation a pris la place sur l'ancienne méthode synthétique. Les "réac" ont donc bien dû s'y résigner un jour... Seuls certains parents ont résisté à la pression générale de l'Education Nationale, lorsqu'ils ont constaté que cette méthode-ci ne fonctionnait décidément pas avec leur enfant ! Enfin, il y a encore malheureusement les plus nombreux qui ont laissé faire le système scolaire pour ne réaliser les dégats que bien plus, et trop tard...   

Voici une récente étude qui en tire un constat alarmant :

"Cela ressemble à la querelle sans fin des anciens et des modernes. Sauf que le débat entre méthode syllabique et méthode globale - qui a près de 40 ans - paraît aujourd’hui avoir trouvé son épilogue. 

Des chercheurs en neurologie du Centre à l’énergie atomique (CEA/Saclay) ont en effet mis au point une méthode qui permet d’observer les zones cérébrales activées lors d’une lecture acquise selon les deux méthodes. Les cerveaux d’enfants lisant « syllabique » ou « globale » sont ainsi soumis durant 1 heure à l’analyse IRM. 

Résultat ? La méthode syllabique active manifestement l’hémisphère gauche selon un processus enchaînant le découpage du mot en lettres qui sont converties en sons puis traduits en sens. Au contraire, le lecteur « global » n’active pas l’hémisphère gauche de la lecture, mais sollicite le droit moins performant pour cette tâche. Pour le Dr Stanislas Dehaene, directeur de l’essai, la chose est entendue : « tout autre circuit d’apprentissage de la lecture que celui qui utilise l’hémisphère gauche, éloigne l’enfant de la lecture ».

Une conclusion confirmée par les sociologues qui montrent que les enfants utilisant les manuels mettant en œuvre la méthode syllabique ont 20 % de chance en plus que les autres de savoir bien lire. 20 %, c’est aussi le pourcentage d’élèves qui entrent en 6e sans maîtriser la lecture…"

Efficacité comparée des méthodes globale ou semi-globale et de la méthode syllabique :

citation tirée de Wikipédia qui affirme que 

"Une étude du National Reading Panel, menée en 1998-1999, qui prend en compte 38 enquêtes, affirme que l'enseignement par la méthode syllabique est plus efficace, en particulier dans les milieux défavorisés, et qu'il est plus efficace du point de vue du déchiffrage mais aussi de la compréhension (soit la qualité habituellement attribuée à la méthode globale)1."

Donc, dès le début du XXIème siècle, tout le monde savait désormais que la méthode globale n'avait que peu d'intérêt et ne s'adressait qu'à un public plutôt favorisé. Probablement à des enfants dont les parents érudits reprenaient les devoirs du soir avec l'ancienne méthode alphabétique ! Au final, on a sacrifié sur l'autel de la recherche et de l'expérimentation pédagogique toute une génération d'enfants avant de reconnaître : "C'est bon ! On a fait des erreurs mais aujourd'hui il n'y en a plus... promis !"

Le problème, 15 ans plus tard, c'est que depuis on est resté sur ce statut quo, et que les soit-disantes méthodes mixtes ne sont pour la plupart que des "avatars" plus ou moins bien déguisés, c'est-à-dire plutôt plus globales que syllabiques ou plus syllabiques que globales... Au milieu : l'enfant et ses parents perdus dans toutes ces contradictions, nouveaux manuels scolaires et réformes pédagogiques qui n'ont en fait plus RIEN de nouveau.

Alors, si vous même vous souhaitez aider votre enfant à apprendre à son rythme, transmettez lui d'abord ce que vous savez en JOUANT, comme pour le Scrabble ou le Uno. Transmettez lui en priorité le plaisir de déchiffrer, de manipuler, de découvrir par lui-même ; comme vous avez fait avec les nouveaux aliments lors de la diversification. Ne le sous-estimez jamais en ralentissant ou en précipitant ses apprentissages en fonction des attentes de son actuel enseignant ; vu que les années suivantes d'autres enseignants se succéderont, etc. Créez vous-même votre propre méthode de lecture, d'écriture et de calcul pour VOTRE enfant, qui ne sera donc pas valable pour tel autre...

ecrire_sur_le_sablePourtant, de nombreux grands pédagogues (comme ceux déjà cités plus haut, mais aussi d'autres auparavant) se sont éreintés depuis plusieurs siècles pour expliquer que chaque enfant étaient différents et qu'il ne fallait donc pas chercher à adapter les enfants à une méthode, mais les méthodes aux enfants ! Observez le d'abord puis vérifiez comment il fonctionne et adaptez vous à ses compétences, désirs et raisonnements. Par exemple, certains enfants ont besoin d'épeler oralement les mots avant de pouvoir les écrire, d'autres seront plus tactiles et devront manipuler d'abord et ordonner ensuite les lettres ou les chiffres eux-même avant de reconnaître le mot ou le nombre. D'autres, encore, trouveront de l'aide avec le langage gestuel des signes, à travers la copie ou même la rédaction de phrases courtes ; sans regarder l'orthographe, pitié, surtout au début ! D'autres trouveront du plaisir à  lire puis réciter poèmes et pièces de théâtre, ou encore à travers l'art du dessin et de la calligraphie. D'autres expérimenteront la lecture à la plage sur le sable ou en voiture avec les panneaux publicitaires, et d'autres avec les images des BD, le clavier de l'ordinateur ou de l'Ipad, s'ils sont bien gérés, etc. 

La plupart auront besoin surtout d'un minimum de stimulations visuelles et auditives pour arriver déjà à rester assis et se concentrer, notamment grâce à la lumière résiduelle des phosphènes (voir le Mixage phosphénisme en pédagogie, Dr Lefebure, éditions du Phosphénisme). Enfin, aujourd'hui, on découvre de plus en plus que l'apprentissage oral est plus important que l'apprentissage écrit et qu'il faudrait apprendre à mieux prononcer les phonèmes avant de chercher à les retranscrire sur une feuille, trop vite et surtout trop tôt...

Bref, il n'y a pas de méthodes efficaces pour 100% des élèves, ni pour apprendre à lire ou à écrire, pas plus que pour compter, mesurer, dessiner ou même danser, jouer d'un instrument ou apprendre à conduire, etc. Il existe des centaines de bonnes méthodes pédagogiques, en fait ! Tant qu'elles sont transmises à l'élève sans stress, ni pression... Et surtout, en se demandant toujours si nous avons envie, à ce moment précis de la journée, de nous positionner ou non, en tant qu'enseignant de notre enfant ou comme simple parent et guide ? Vaste débat, là, encore !

En résumé, dès que les inspecteurs, enseignants, éducateurs et surtout parents diminuent leurs exigences et niveaux d'angoisses vis à vis de la réussite scolaires des enfants - qui n'est pas non plus, comme on le sait bien aujourd'hui, un gage de réussites professionnelles, sociales et familiales, et encore moins de paix et de bonheur pour l'avenir - les enfants se détendent eux-mêmes, apprennent à leur niveau, à leur rythme et surtout avec enthousiasme. C'est trop souvent cela qu'ils ont tendance à perdre en usant leur fond de culotte sur les bancs des écoles et c'est donc cela qu'il faut préserver en priorité.

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A lire également : http://blog.monolecte.fr/post/2015/12/18/la-fabrique-de-la-soumission

Parfois on se demande même si l’Éducation Nationale souhaite obtenir des résultats en offrant toutes les chances à ses élèves... Revoir l'expérience de Céline Alvarez : http://www.celinealvarez.org/

Heureusement qu'il existe aussi ce type de proposition pour enrayer les violences scolaires : des petites graines de médiateurs !

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