Idées reçues portage

- Porter bébé juste après sa naissance est bon pour la santé du bébé et de sa mère !

Oui et non ! Oui pour bébé (voir les avantages du portage) et non pour la mère. Car même si, au départ, porter bébé au-dessus de son ventre s’impose à la nouvelle maman comme une suite logique de sa grossesse, c’est seulement vers 6 semaines post-partum qu'elle devrait commencer à porter son enfant dans un porte-bébé. Normalement, la jeune accouchée devrait d'abord penser à se reposer lors de suites de couches qui devraient durer traditionnellement au moins 40 jours. Le temps d'un déluge ! Mais aussi le temps pour l'horloge biologique interne de bébé de se mettre en place (2ème paliers croissance et rythmes circadiens sommeil/veille sur 24h et plus sur 25h), et puis surtout le temps pour le corps de se "réparer" de l'effort physique intense d'une naissance. Cela afin de récupérer énergie et santé en post-partum précoce, prévenir les risques de descentes d’organe et de fuites urinaires, faciliter l’allaitement maternel et l’hygiène naturelle infantile, ou simplement découvrir son petit et apprendre à reconnaître ses besoins physiologiques primaires. La mère aura, ensuite, tout le temps de porter son enfant de longs moments contre elle, durant plusieurs années. Alors autant se reposer au départ et bien installer l'allaitement, d'abord, pour être plus en forme, ensuite. 

- C'est la mère qui devrait, seule, s'occuper de bébé !

Au contraire, laisser l'entourage et le père porter, changer, baigner, jouer et découvrir bébé... Si la mère est la seule à nourrir l'enfant avec son lait, cela ne signifie par pour autant qu'elle doit (et peut) tout faire seule. Dès la naissance, les autres membres de la famille (grands-parents, sœur, frère de la mère mais aussi de l'enfant) peuvent prendre le relais de temps en temps en portant bébé lors de courtes puis de plus en plus longues séances de peau-à-peau avec le nouveau-né ; séances qui peuvent aussi se faire en positions allongées ou semi-allongées (voir Unités Bébé Kangourou). Par contre, la mère est comme l'îlot reposant auquel a besoin de se ressourcer bébé régulièrement. A vrai dire, aucun porte-bébé ne devrait véritablement être nécessaire avant le premier mois de vie, s'il y avait suffisamment de bras pour soutenir la mère après l'accouchement. Mais, comme ce n'est souvent pas le cas... 

- Un bébé de moins de 6 mois/1 an doit être porter devant.

En position ventrale, bébé souvent dérange nos gestes quotidiens. Passées les premières semaines où, tout petit, on le devine à peine sous notre écharpe de portage, il va très vitre grossir et grandir, finissant même par boucher notre champs visuel et risquer de nous faire tomber si survient un obstacle imprévu devant nos pieds (jouet, escalier, trottoir, etc.). C'est pourquoi, la plupart des femmes des pays du monde portent leur enfant dès 1 mois - 1 mois et demi de vie principalement dans leur dos ou sur leur hanche, pour pouvoir poursuivre leurs activités quotidiennes et s'occuper d'autres enfants en même temps. De plus, en marchant en rythmes, de façon régulière ou saccadée, on le berce en même temps qu'on stimule des zones profondes de son cerveau (alternance cérébrale). Bébé, alors, souvent s’apaise, rassuré, s'assoupit et s'endort tranquillement contre le corps chaud de ses parents ou d'un adulte bienveillant. 

- Il est trop lourd, je ne peux plus le porter !

portage_devantC'est bien dommage, car c'est justement à partir de là que l'enfant serait mieux dans votre dos plutôt que dans vos bras ! Car, à l'image de ce qui se pratique ailleurs, un enfant devrait être porté bien plus longtemps que quelques jours, semaines ou mois ; même au delà de sa première année et malgré son poids ou sa taille. Justement parce qu'il devient beaucoup trop lourd pour être porter "à bras" devant ou sur votre hanche. Mais également parce qu'il sera certainement bien mieux porter dans le dos d'un adulte avec un bon porte-bébé en tissu souple. En réalité, il a encore besoin de beaucoup de contacts, chaleur, protection, pause-fatigue ponctuel ou endormissement rapide, ballade et découverte de son environnement à bonne hauteur, etc. Malheureusement, ce sont souvent nos propres croyances ou conditions physiques qui limitent rapidement le portage long. Trop souvent l'entourage de la mère comme du père décourage le portage d'enfant, petit ou grand, par manque de pratique et de confiance, à l'inverse de ce qu'on peut voir dans d'autres cultures où parfois tout le village/fratrie relaye les parents auprès des enfants. Egalement par peurs et ignorances des bienfaits physiques et psychologiques du portage, mais aussi à cause de concepts d’éducation "archaïques" souvent infondés : risques de caprices, peur de l’asphyxie ou de malformations physiques, etc. Alors que c'est justement l'inverse ! La pratique régulière du portage stimule autant les muscles de l'enfant porté que ceux de l'adulte porteur. Donc, comme pour toute activité physique régulière démarrer lentement par quelques minutes puis heures de portage par jour pour renforcer votre musculature. Plus économique, en plus, qu'une heure en salle de gym !

- Il risque de s'étouffer, porter ainsi sous ce tissu épais !

Au contraire, il risquera moins de s'étouffer les premiers mois dans un porte-bébé souple, blotti contre le cœur de ses parents, qu'éloigner d'eux sans surveillance et dormant dans un transat, cosy ou lit séparé. Il est très important de savoir que statistiquement un nourrisson ne risque pas de s’étouffer dans un porte-bébé souple bien réglé et que la MSN (Mort Subite du Nourrisson) a lieu plus souvent loin du regard des adultes (lire). De plus, le tissu n'entoure jamais les muscles comme pour un garaud, ou ne lui couvre pas directement les voies respiratoires comme un coussin, mais recouvre juste l'arrière de sa tête comme un chapeau ou un capuche d'ailleurs. La circulation du sang se facilite même grâce à une meilleur oxygénation en position verticale. De plus, malgré les couches de tissu, lair circule autour de vous, heureusement encore ! Remarquons que tous les bébés du monde, même ceux très couverts des régions froides (parfois même sous d'épaisses peaux de fourrures) ont toujours survécus depuis la nuit des temps contre le corps de leurs parents. Au contraire, l’adulte porteur le sentira mieux respirer, bouger ou s’assoupir ; ce qui est beaucoup plus rassurant avec un nouveau-né ! 

Il va tomber de ce porte-bébé en tissu souple ! Prenez en plutôt un rigide avec des sangles.

Encore une idée reçue très présente en Occident qu'un enfant bien portant, et donc bien porté, doit être tonique et raide : se tenir bien droit, la tête dans l'axe de la colonne vertébrale. Ce qui n'est pas sans rappeler la position militaire des légions romaines, ni le début de l'emmaillotement des nourrissons avec des bandages serrés autour de morceaux de bois placés le long du corps de l'enfant pour mieux renforcer et modeler de ce "futur petit soldat". Mais chaque culture, chaque région du monde possède ses traditions en ce qui concerne "l'art d'accommoder les bébés". En Afrique, l'enfant doit être fort et muscler, avec une forme de crâne précise en fonction des ethnies. On modèlera son corps et tonifiera ses muscles par des massages vigoureux et un portage intensif. En Asie, l'enfant doit être souple, rond et mou comme un "petit bouddha". On stimulera ses muscles par des massages enveloppants et on étirera son squelette et ses muscles pour mieux l'assouplir, etc. Chez nous, en Occident, on souhaitera plutôt qu'il soit bien gros (toujours un signe de bonne santé ici !?) et bien droit (signe de force et de vigueur). C'est pourquoi le matériel de puériculture occidental est conçu par rapport à ses critères-là, et que des sangles et boucles rassurent davantage qu'un bout de tissu à nouer, comme si un porte-bébé était un vulgaire "sac à dos" ! Alors qu'un enfant a plus de risques de tomber d'un transat, d'un cosy ou d'une poussette mal attachée, plutôt que d'un porte-bébé en tissu souple bien ajusté. 

- Il sera plus en sécurité et mieux maintenu dans une poussette, un cosy, un landau, etc.

FAUX ! Totalement faux, lorsqu'on sait que chaque année des centaines de petits bébés ou grands enfants sont hospitalisés gravement suite à des chutes de poussettes, cosy, landaus, parc ou lit à barreaux tables à langer ou chaises hautes... Tout simplement parce que l'adulte qui le gardait (parent, grand-parent, nounou, amie ou autre) a eu une minute d'inattention et que bébé a fait une culbute par dessus son siège (pas ou mal attaché), son harnais (à glisser dessus ou dessous), la table ou les barreaux trop hauts (c'est fou ce qu'ils apprennent vite à grimper ou se retourner !), etc. Sans parler non plus des inévitables contrefaçons de produits même soit-disant français mais fabriqués le plus souvent à l'étranger avec d'autres normes de sécurité (NF et pas juste CE), voir aucune parfois... ou encore selon dans des conditions d'hygiène environnementale médiocre (matériaux mais aussi travailleurs en contacts de substances toxiques, polluants, teintures chimiques, PCB, phtalates, formaldéhydes, métaux lourds, etc.) - lire : http://www.parents.fr/Actualites/Poussettes-attention-aux-contrefacons-dangereuses-pour-bebe-2240682    

- Il apprendra moins vite à marcher si vous le porter tout le temps ainsi !

portage_dosAu contraire, lorsqu'un enfant est porté, il n'est jamais totalement passif. Il fait constamment travailler ses muscles des cuisses, du dos, du cou, des jambes, etc. Son ossature même se développera plus harmonieusement, puisque la tête du fémur de l'os de sa cuisse s’emboîtera mieux dans la cavité cotyloïde de son bassin "l'articulation coxo-femorale (hanche) permet à l'os de la cuisse (fémur) de s'emboîter dans le bassin (...) Les études des orthopédistes nous montrent qu'un positionnement accroupi, les cuisses légèrement écartées, permet un emboîtement optimal de l'articulation." (écrit Cécile Cortet masseur-kinésithérapeute et formatrice en portage des enfants et Céline Guérand-Frénais, infirmière consultante en lactation dans leur livre "Porter mon bébé", éditions Minerva, Genève 2009). Cette position : genoux fléchis et remontés en grenouille, dos arrondi, d'abord devant au départ, puis sur le côté ou dans le dos ; ce qui va lui permettre notamment d'entretenir son réflexe inné agrippement et prévenir certaines malformations physiques type tête plate ou dysplasie des hanches qui pourrait entraver son sens de l'équilibre et l'acquisition de la marche. Dans son livre "De la naissance aux premiers pas", (éditions Erès, Toulouse, 2011) Michèle Forestier, masseur-kinésithérapeute, défini parfaitement toutes les étapes fondamentales d'acquisitions motrices de l'enfant avant la marche : mouvements latéraux puis verticaux, rotations, position dorsale puis ventrale, pivots des hanches et quatre-pattes avant "position à genoux", agrippement meubles bas puis mur, puis lâcher seul pour marcher vers objet, etc. Alors que beaucoup d'autres objets restent, eux, beaucoup plus nuisibles à son développement moteur et découvertes sensorielles, tel le transat fixe ou à bascule, le parc, filet, air de jeux gonflable, trotteur, etc. En résumé, laisser bébé libre de ses mouvements est aussi fondamentale que de l'avoir souvent dans les bras pour qu'il nous sente et observe bouger ensemble (oreilles internes). Donc, plusieurs heures de portage par jour lui permettra, au contraire, d'optimiser ses compétences psychomotrices comme celles de ses parents d'ailleurs !    

- Vous allez le rendre capricieux à le porter ainsi toute la journée contre vous !

Amusant lorsqu'on voit le nombre d'enfant qui court partout dans les lieux publiques et qui ne sont pas porter, eux ! Mieux qu'une poussette duquel les enfants cherchent très vite à s’échapper, l'enfant porté n'a pas besoin de montrer aux adultes qu'il existe en criant et courant partout pour qu'on s'occupe de lui... De plus, il sera moins tenté par les objets de désir qui se trouve à porter de "mains" s'il est porté à hauteur de "bisous"... En réalité, vous répondez et comblez simplement un besoin physiologique de contacts qu'il réclame depuis sa naissance. Petit à petit, vous verrez que de lui-même votre enfant s’éloignera naturellement de vous en grandissant. Il aura simplement acquis plus de confiance et de détermination, puisque c’est lui (et non vous) qui aura décidé quand et comment il prendra son « envol ». Donc, pas davantage de caprices non plus, vous répondez simplement à un de ces nombreux besoins physiologiques fondamentaux comme manger, boire, dormir, toucher, jouer, etc. : 

« Nos enfants ne s’habituent pas à être porter, ils sont fait pour être portés ».