Le rituel de la chaise haute :
 Nombreux sommes nous, parents, à penser qu’au moment de la diversification alimentaire, un bébé doit obligatoirement être assis à table, en face ou à côté de nous, sur SA propre chaise haute.
Arrêtons-nous un instant et interrogeons nous sur le « pourquoi » de ce rituel. Certains diront que c’est une question de commodité, à la fois pour l’enfant et pour ses parents, d’autres qu’il s’agit d’un passage quasi obligatoire de notre société. Pourtant, dans la plupart des cultures, la chaise haute n’existe pas ou pas encore. Alors, où peuvent bien manger les enfants ? Par terre, sur des tapis, des coussins ou le plus souvent… sur les genoux d’un membre du clan, tribu, famille, etc. Mais la plupart du temps, les bébés n’étant jamais laissés seuls, ni même dans certains cas posés au sol avant un certain âge - de peur qu’ils ne s’étouffent, tombent, se blessent ou soient piqués ou mordus par un animal - ils restent alors physiquement en contact étroit avec un adulte ou un enfant plus âgé. 
Cette « proximité » ou « promiscuité », selon les points de vue, s’explique non seulement par soucis de le surveiller, mais surtout afin de répondre rapidement à ses besoins fondamentaux : manger, boire, dormir, faire ses besoins, être bercé, téter pour le plaisir, jouer, rire, câliner… Au moment du repas, on prolonge donc cela lors de l’introduction progressive, mais toujours très symbolique et codifiée, de la première bouchée d’aliments solides. Ce contact permanent permet, enfin, d’éviter une rupture trop brutale entre le bébé et le corps chaud de l’adulte, remplacé par la froideur d’un objet (chaise, table, cuillère…).
Bien entendu, dans chaque pays, tous les bébés sont très différents et réagiront donc différemment à ce que nous appelons en occident : « la diversification alimentaire » qui intervient, chez nous, aux alentours de 6 mois révolus (la poursuite de l’allaitement étant toujours recommandé par l’OMS/UNICEF jusqu’à 2 ans ou plus). Elle s’accompagne dans certains cas d’un véritable cérémonial : comme lors de la première bouchée de riz au Japon, de gruau chez les Dogon du Mali, de millet ou de couscous, de galette de maïs au Brésil ou encore… de carotte chez nous ! Notre rituel, lui, commencera donc par la carotte suivie des épinards, puis du riz avant le blé, le fromage, la viande blanche ou le foie de veau ou le jaune d’œuf cuit avant le blanc, etc.

Malheureusement, des mesures diététiques s’imposent parfois devant la baisse de qualité de notre alimentation actuelle. Evolution non seulement due à l’emploi de nombreux produits chimiques dans sa production (insecticides, herbicides et autres pesticides), mais aussi dans la méthode d’élaboration (stérilisation, pasteurisation ou UHT) ou encore dans la cuisson (plat « micro-ondisé », bouilli ou grillé). Des évictions alimentaires plus ou moins sévères se justifient alors à cause d’un risque d’obésité infantile ou d’un terrain allergique familial. Car, étant donné les diverses manipulations faites à nos aliments, il ne reste plus grand place aux nutriments, vitamines et bonnes graisses polyinsaturées, nécessaires à notre survie et à notre santé. De ce fait, aujourd’hui, nombre de nos enfants présentent de plus en plus – et de plus en plus tôt - divers troubles ou maladies graves de la peau (eczéma, psoriasis…), des voies respiratoires (bronchiolites répétitives, asthme…), du système digestif (coliques, diarrhées, constipations…), du système nerveux (manque d’attention, hyperactivité, insomnies, autisme…), voir du système hormonal par la suite (stérilités croissantes masculines ou féminines), etc.
Certains diront qu’il n’y a pas de relation de cause à effet, alors que de nombreuses études scientifiques dans le monde nous prouvent désormais le contraire. En tous cas, beaucoup de jeunes parents commencent à regarder la qualité - et moins la quantité – des aliments dans l’assiette de leurs petits, en privilégiant notamment les aliments naturels non traités et contrôlés. Par contre, on constate que peu pense encore à la méthode d’introduction de cette même alimentation. Car, repenser le rituel de la chaise haute, c’est repenser notre propre façon de nous alimenter, la façon dont nous même avons été « diversifiés » : à quel âge, de quelle façon, avec plaisir ou non ?
Poser frontalement son enfant devant soi, une cuillère devant la bouche en disant « Aaaah ! », peut en faire sourire certains et d’autres pas. Cela fonctionnera donc peut-être avec certains bébés et pas avec d’autres. De plus, vouloir introduire un aliment trop tôt, et avant une tétée, risquerait de compromettre l’équilibre délicat de l’allaitement maternel que mère et enfant ont enfin réussi à mettre en place à 6 mois ou plus. Par contre, pour une autre partie, cela peut s’avérer fort utile et très facile. Là encore il n’y a pas de règle, c’est au cas par cas ! Il vaudrait mieux dire aux parents :
« Vous avez entre 6 mois et 1 an pour donner du plaisir à votre enfant, en lui laissant le temps de goûter VOTRE propre nourriture, dans votre assiette, écrasée, broyée ou prémâchée… ». Alors, vous leur enlèverez la pression sociale et, à l’enfant, vous lui donnerez le temps d’apprendre à son rythme entre leurs bras d’abord, à AIMER manger. Au bout d’un moment, il ira ainsi plus volontiers s’asseoir seul sur SA propre chaise, avec son propre verre, bol ou assiette. Et il en sera très fier !
Stéphanie KELLER Présidente de « Dans les bras » à l'occasion de la SMAM Octobre 2009
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